Résumé - Les amours de Cassandre
Les Amours se composent de deux séries de poèmes : les Amours de Cassandre (influence de Pétrarque, recherche du langage, aspect précieux et intellectuel) et la continuation des Amours, dédiée à Marie. C'est une variation sur le thème de l'amour qui va au delà de l'autobiographie. Le thème de l'amour est fréquent dans la poésie de la Pléiade. Ainsi, Ronsard s'exprime à travers différents recueils à des femmes aimées. Après une jeune aristocrate, Cassandre Salviati, et avant les sonnets à Hélène, un ensemble de poèmes est dédié à une jeune paysanne, Marie. Dans le sonnet ''Aimez-moi donc Marie'', composé en alexandrins, le poète invite la jeune fille à aimer à partir de l'anagramme de son prénom. Cette incitation à l'amour se complète d'une réflexion plus générale, révélatrice d'une certaine conception de l'amour. Cette dualité caractérise l'inspiration de la Pléiade. I L'invitation à l'amour L'anagramme qui ouvre le sonnet définit le premier thème du poème, l'invitation à l'amour. Le poète établit ainsi un lien avec la femme aimée. 1. De l'anagramme à l'invitation On trouve l'anagramme ''aimer''/''marie'' au début du sonnet et en fin de vers, le mot ''aimer'' prenant également une majuscule. Le nom et le verbe, puis le nom à nouveau, forment un chiasme. Le nom Marie est mis en relief par une découpe irrégulière des deux premiers vers : 2+10, 6+4+2. Il y a une analogie entre le nom de la femme à qui est dédié ce poème et l'acte d'aimer. On peut penser qu'avec ce procédé, il y a une réminiscence de la grande rhétorique. Le destinataire est immédiatement identifié, Marie est impliquée dans le message, c'est une manière de l'émouvoir. Ce jeu de mots se prolonge par une sorte d'argumentation, la conjonction ''donc'' présente l'impératif ''aimez-moi'' comme une conséquence logique du sens contenu dans le prénom Marie. De même, l'expression ''votre nom vous prie'' reprend l'idée du premier vers, c'est à dire l'anagramme. L'idée de l'amour est présentée en termes mélioratifs : ''meilleure'', ''plaisirs''... L'invitation à l'amour implique la destinataire dans la première partie du sonnet, Marie y est toujours présente. 2. Le lien entre Marie et le poète Ce lien est sensible à travers le jeu des pronoms et l'évocation de l'avenir dans les quatrains. Le poète y tient une place particulière. D'une part, l'emploi successif de la première et de la deuxième personne du singulier renvoie à une sorte d'échange. Ainsi, on peut relever : ''aimez'', ''moi'', ''faites'', ''moi'', ''votre'', ''vous'', ''moi''. Il y a une prédominance de la deuxième personne, il s'agit de la femme aimée qu'il faut convaincre. D'autre part, le ''nous'' apparaît à partir du vers 6. Cette évolution dans le jeu des pronoms imagine une sorte de fusion entre les personnages. L'avenir est montré comme certain, les indicatifs futurs qui apparaissent à la fin du second quatrain mettent en relief une évolution des rapports affectifs entre Marie et le poète. A partir d'un souhait pressant, le poète imagine un avenir amoureux. Ce désir est justifié par la façon dont est présenté l'amour. 3. La valorisation de l'amour L'amour est valorisé par la façon dont il est qualifié et par la densité des termes qui s'y rapportent. Des éléments évoquent et qualifient le domaine amoureux :- ''pendus l'un l'autre au col'' renvoie à une relation d'ordre physique- la fin du second quatrain insiste sur la fidélité à travers ''jamais'', ''nulle envie''. La persistance de cette union est mise en relief par la rime en ''vie''.- les termes ''plaisirs'', ''goûter'', ''douceurs'' appuyés par la construction hyperbolique ''la douceur des douceurs la meilleure'' renvoient à la sensualité.- on note aussi une référence à Vénus, déesse de l'amour. Ronsard oriente sa poésie vers plus de simplicité, en particulier dans le domaine amoureux présenté comme très positif, de nombreux termes connotés renforçant cette idée. Une grande densité de termes voisins développe le thème de l'amour : ''aimer'' vers 2,6,8,9,10,14. On remarque les enjambements des vers 7-8 et 13-14 qui mettent en relief l'idée de l'amour : écho obsessionnel. D'abord adressée à Marie puis plus générale, l'idée de l'amour évolue. L'expérience personnelle du poète fait référence à son vécu et nourrit une réflexion plus large sur le thème de l'amour très cher aux membres de la Pléiade. II Une conception philosophique de l'amour A partir de l'expérience personnelle se développe une réflexion plus globale sur l'amour. A travers un procédé de généralisation, Ronsard présente l'amour comme une composante essentielle de la vie et s'éloigne de la situation particulière du début. 1.La généralisation Les deux tercets sont complémentaires des deux quatrains. En effet, si des vers 1 à 8 le poète s'adresse à Marie, il élargit son point de vue dans le reste du poème. Le poète laisse place à un terme générique qui englobe tous les hommes : ''celui qui...'', ''celui-là''. Ronsard se propose d'énoncer une vérité générale.2. La nécessité d'aimer A partir d'un terme générique, Ronsard explique qu'il est nécessaire d'aimer sous peine de devenir un barbare ou de n'avoir plus le goût de vivre. L'idée de mourir est évoquée à la pointe du sonnet qui a une vocation lyrique très forte. Cette conception philosophique est à associer à la Renaissance qui prône en partie un retour aux valeurs de l'Antiquité. III Inspiration lyrique de la Pléiade Dans ce sonnet, Ronsard associe un sentiment personnel à une poésie très élaborée. 1. Un sentiment personnel Ronsard utilise le ''je'' lyrique et le ''moi''. Les accents lyriques de ce poème sont associés à une expérience personnelle : il s'agit d'un homme vieillissant qui tombe amoureux d'une jeune fille. 2. Le travail de l'écriture L'anagramme initial ''Marie''/''aimer'', et la structure même du sonnet révèlent le travail poétique : rimes, rythme, allitérations... Le jeu de mots du départ renvoie à une poésie très technique, caractéristique du Moyen-Age et de la grande rhétorique. La structure du poème fait apparaître une composition habituelle du sonnet avec une distinction entre les deux quatrains (sentiment personnel) et les deux tercets (élargissement sur l'amour), qui contiennent une point qui introduit le thème de la mort. Si l'inspiration personnelle revendiquée par la Pléiade est primordiale, son élaboration technique est le fruit d'un travail précis. Enfin, on relève des références à l'Antiquité. 3. Des références culturelles Fidèle à l'esprit de la Renaissance, Ronsard inclut de nombreuses références à l'Antiquité, ainsi il parle de Scythes. Le poète fait également allusion à Vénus, déesse de la beauté et de l'amour, et fait référence à une pensée épicurienne (valorisation de l'amour). Marie est un prétexte à une réflexion philosophique sur l'amour comme souvent dans la Pléiade. Le travail du poète est précis, technique, comporte des références à l'Antiquité mais contient aussi des élans lyriques. Conclusion Les contemporains de Ronsard ont vu dans cette recherche de simplicité un désir de l'auteur de se mettre à la portée de cette jeune paysanne; d'autres encore y ont vu une réponse aux critiques qui taxaient sa poésie de trop artificielle et difficile à saisir. Sans doute y a-t-il un peu des deux, mais cette forme de poésie, recherche de simplicité qui n'est qu'apparente, peut sembler être la synthèse des qualités que vise la Pléiade. |